J’écris ce texte en février 2026 et je l’écris au présent, sans savoir ce que je penserai et ce que je ferai à l’avenir. J’aimerais d’ailleurs changer d’avis. S’il s’avérait, avec le temps, que les outils d’intelligence artificielle générative ne sont pas aussi nocifs que je le pense aujourd’hui, j’en serais heureux. Si seulement…
Je suis enseignant-chercheur, spécialiste de littérature française et plus particulièrement d’histoire littéraire. Je travaille aussi en lien avec ce qu’on appelle les «humanités numériques». Je ne me définis pas comme un spécialiste de ce domaine de recherche à la croisée des humanités et de l’informatique, mais les outils et les ressources numériques ont une place importante dans mes enseignements comme dans mes recherches. Plusieurs articles publiés dans ce carnet en témoignent.
Pourtant, je n’utilise aucun outil d’intelligence artificielle générative. Je ne l’ai jamais fait et je ne veux pas le faire. Le coût environnemental et démocratique de ces technologies devrait suffire à rendre ce choix possible. Les menaces qu’elles font peser sur les savoirs et sur la culture doivent aussi être prises en compte. Mais je veux ici réagir à un discours que j’entends de plus en plus souvent : l’IA serait déjà partout, tout le monde l’utiliserait déjà. Pas moi. Pas pour le moment en tout cas. Et pas pour un moment encore.
Tout le monde utilise l’IA ? C’est faux. Excuse ou injonction, cette affirmation faite pour justifier le développement des usages de l’intelligence artificielle n’est pas sérieuse. Il suffit d’avoir voulu utiliser des outils numériques dans un collectif, quel qu’il soit, pour avoir fait cette expérience : tout ne monde n’utilise pas d’outils numériques, tout le monde ne sait pas le faire, tout ne monde ne veut pas le faire. Tous les élèves et tous les étudiants le font déjà ? Vous voulez rire… Beaucoup ne le font pas, ou très peu, ou très mal. Et tant mieux. Beaucoup savent aussi qu’ils n’ont pas intérêt à le faire.
Les promoteurs de l’IA veulent faire croire aux élèves, aux étudiants, aux enseignants et aux chercheurs que leur travail n’a plus assez de valeur sans les outils d’intelligence artificielle. C’est un dangereux mensonge. Nous savons travailler sans l’IA. Nous savons apprendre, chercher la vérité, partager les connaissances établies, interroger et examiner. Les outils d’intelligence artificielle menacent aujourd’hui ce savoir. Mais nous ne sommes pas obligés de les utiliser. Nous avons le droit de refuser de le faire. Nous pouvons continuer à faire notre travail.
Image à la une : «L’animal anonyme» (détail), dessin de De Sève, gravure de Mansard, photographié dans le volume V du Supplément à l’Histoire naturelle de Buffon, édition in-12 de l’Imprimerie royale, 1777, planche insérée après la page 244.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Olivier Ritz (3 février 2026). Pourquoi je n’utilise pas l’IA. Littérature et Révolution. Consulté le 11 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15lwu